FICTION LITTERAIRE

La Maladie de la Mort

Auteur : Marguerite Duras

★★★


« Vous devriez ne pas la connaître, l’avoir trouvée partout à la fois, dans un hôtel, dans une rue, dans un train, dans un bar, dans un livre, dans un film, en vous-même, en vous, en toi, au hasard de ton sexe dressé dans la nuit qui appelle où se mettre, où se débarrasser des pleurs qui le remplissent. Vous pourriez l’avoir payée. Vous auriez dit : Il faudrait venir chaque nuit pendant plusieurs jours. »


Un homme paie une femme pour soulager ses nuits d’angoisse.

Plusieurs nuits durant, ils se retrouvent dans une chambre clair-obscur.

Située en bord de mer, on y entend le bruit des vagues.

Nuit après nuit, la femme se soumet aux volontés de l’homme.

Lui, est assis sur une chaise. Caché par l’obscurité.

Elle, est allongée nue sur le lit. Éclairée par la lune.


« Vous écoutez le bruit de la mer qui commence à monter. Cette étrangère est là dans le lit, à sa place, dans la flaque blanche des draps blancs. Cette blancheur fait sa forme plus sombre, plus évidente que ne le serait une évidence animale brusquement délaissée par la vie, que ne le serait celle de la mort. Vous regardez cette forme, vous en découvrez en même temps la puissance infernale, l’abominable fragilité, la faiblesse, la force invincible de la faiblesse sans égale. »


Ces nuits, ils les passent « seuls l’un avec l’autre ».

Elle, dort beaucoup pendant que lui, la regarde.

Parfois, il s’approche du lit et la caresse ; lui fait l’amour.

Souvent, il pleure sur elle. Sur lui.

Ils se parlent peu. Jamais très longtemps.

Lui veut comprendre. Comprendre ce qu’il a.


« Elle vous demande de le lui dire clairement.

Vous le lui dites : Je n’aime pas.
Elle dit : Jamais?
Vous dites : Jamais.
Elle dit : L’envie d’être au bord de tuer un amant, de le garder pour vous, pour vous seul, de le prendre, de le voler contre toutes les lois, contre tous les empires de la morale, vous ne la connaissez pas, vous ne l’avez jamais connue?
Vous dites : Jamais.
Elle vous regarde, elle répète : C’est curieux un mort
. »


Elle lui révèle qu’il est atteint de « la maladie de la mort ».

Cette maladie, c’est l’absence de désir et l’incapacité d’aimer.

A quoi sert-il de vivre si l’on n’a pas au moins cela ?


« Elle sourit, elle dit que c’est la première fois, qu’elle ne savait pas avant de vous rencontrer que la mort pouvait se vivre. »


Je me suis laissée emporter dans ce huis clos intimiste.

Les nuits y sont courtes. Ou longues. Peu importe.

La notion du temps disparait dans ce récit où pas grand-chose ne se passe mais où l’on ne s’ennuie jamais.

L’écriture contient la voix de l’auteur.

Et, Marguerite Duras sait avec justesse narrer l’amour, le non-amour, le désir et son absence.

Elle sait, aussi, faire parler les silences.

Il est dit que le récit de « La maladie de la mort » renvoie à la liaison de l’écrivaine avec Yann Andréa, son dernier compagnon. Homosexuel, celui-ci était incapable de la désirer. Incapable de l’aimer.

C’est lui qui a tapé ce roman à la machine. Souvent sous l’emprise de l’alcool, Marguerite Duras ne pouvait pas le faire et se contenter de dicter son texte, souvent brouillon.

L’écriture de ce roman a – par ailleurs – été interrompu par la cure de désintoxication de l’auteure.