FICTION LITTERAIRE

Miroir de nos peines

Auteur : Pierre Lemaitre

★★★


« Ce n’est pas une fille nue que découvrirent les passants, c’est une apparition, le corps ensanglanté, le regard affolé, elle zigzaguait, chancelait, on se demandait si elle n’allait pas soudain traverser la rue, se jeter sous vos roues, les voitures ralentissaient, les autobus freinaient, un homme depuis la plateforme siffla, les klaxons se déclenchèrent, elle n‘entendait rien, marchait à pas pressés, pieds nus, les passants qui la croisaient en restaient sidérés. »


Nous sommes en avril 1940 et une jeune femme recouverte de sang court nue dans les rues de Paris.
Cette jeune femme, c’est Louise Belmont. Cette même Louise qui – enfant – dessinait les masques d’Edouard Pericourt.
A l’aube de la « drôle de guerre », elle a 30 ans et un vieil homme vient de se suicider sous ses yeux.
Pour découvrir ce qui se cache derrière le geste de cet homme, elle sera amenée à quitter Paris et à prendre la route de l’exode, vers le sud. Une route empruntée par des milliers de Français – à cette époque – pour fuir l’armée allemande.

C’est sur cette route que se croiseront quatre histoires, quatre destins, quatre parcours différents qu’a priori rien ne prédestine à se rejoindre.

Au détour des pages, j’ai fait la connaissance de quatre antihéros attachants : le sergent-chef Gabriel et son acolyte Raoul Landrade ; le garde mobile Fernand ; l’homme caméléon Désirée et – enfin – la jeune Louise Belmont, en quête de réponses à ses questions.
Ce sont ces quatre couloirs narratifs qui construisent avec brio le dernier volet de cette incroyable saga littéraire. Un dernier opus à quatre voix où je me suis découverte une palette d’émotions pour les personnages principaux: j’ai oscillé entre empathie et colère, sympathie et dégoût, bienveillance et compassion.

Sachant qu’il venait clore la trilogie commencée en 2013 avec Au revoir là-haut, j’ai savouré chaque page, chaque phrase, chaque mot de ce livre. J’ai adoré retrouver l’empreinte stylistique de Pierre Lemaitre ; cette patte spécifique où les héros n’en sont pas, où les méchants sont les bons, où l’Histoire se mêle à la fiction.

J’ai aimé cette histoire sombre parfois, lumineuse souvent. J’ai aimé ce récit flamboyant J’ai aimé ce petit bijou de littérature qui peut se lire indépendamment des deux premiers romans.

Enfin, j’ai aimé le fait qu’une fois le livre fermé, il ne nous reste pas une histoire mais un monde.


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