COUP DE COEUR FICTION LITTERAIRE

Salina

Auteur : Laurent Gaudé

★★★


« Moi, Malaka, fils élevé dans le désert par une mère qui parlait aux pierres, je vais raconter Salina, la femme aux trois exils. Je vais dire ma mère qui gît là, au fond de la barque, et le monde qui apparaîtra sera fait de poussière et de cris. »


Salina, femme aux trois exils.
Exilée de la terre qui l’a vue naître.
Exilée du village qui l’a vu grandir.
Exilée du village où vivait l’homme qu’elle aimait.
 
Salina, femme de sel. Femme de sang.
Salina, femme de haine. Femme de vengeance.
Salina, femme bannie. Femme meurtrie.
 
Salina, femme aux trois fils.
Mère de Mumuyé, fils de Saro. Fils de viol.
Mère de Koura Kumba, fils du désert. Fils de guerre.
Mère de Malaka, fils de Kano. Fils d’un amour perdu.


C’est lui, Malaka, dernier des trois fils de Salina, qui retrace oralement l’histoire de sa mère. Une mère morte et qui repose désormais au fond de la barque qui le conduit à un cimetière sacré, seul décideur des hommes et femmes qu’il souhaite voir enterrer sur ses terres.


« Il faut embarquer les morts et pendant tout le temps que dure la traversée, raconter ce que fut la vie du défunt. Le cimentière entend le récit. Et au terme du voyage décide si la porte doit s’ouvrir ou pas. »


Laurent GAUDE nous livre – ici encore – un bijou de lecture à la plume acérée et à la prose lyrique.
L’histoire de Salina est un joli mélange des genres, oscillant entre conte africain et tragédie antique.
 
Tous les ingrédients sont réunis et parfaitement dosés pour nous faire voyager : on imagine les caravansérails ; le soleil – frappant aussi fort que la vengeance de Salina ; le désert – aussi aride que son cœur. Et l’amour. L’amour qui permet de survivre quand la volonté n’est plus. L’amour, qui permet d’avancer.
 
Aussi sombre que lumineux, aussi sec que doux, ce roman est un hymne à l’amour maternel. Un hymne à l’amour filial. Il nous rappelle que les liens du cœur comptent – parfois plus – que les liens du sang. Il nous rappelle aussi que la transmission est importante et que les morts continuent d’exister par les récits que l’ont fait d’eux.


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